mardi 6 février 2018

UN CADRE SUPÉRIEUR DE ZOUKOUGBEU FAIT DES PROPOSITIONS BIEN INTÉRESSANTES!

 

ASSOCIATIONS, MUTUELLES ET DEVELOPPEMENT DES VILLAGES ET TRIBUS DU DEPARTEMENT DE ZOUKOUGBEU, QUE FAIRE POUR LEUR EFFICACITE ET LEUR PERENNITE ?
Cette contribution, je l’ai annoncée le 18mai dernier. Elle m’a été demandée par un ami, ressortissant du département de Zoukougbeu, désireux de créer une mutuelle de développement dans son village. C’est donc avec son autorisation que je la publie, convaincu qu’elle pourra être tout aussi utile aux membres d’associations, coopératives, mutuelles et fédérations  diverses qui voient de plus en plus le jour chez nous. Bonne lecture et surtout, merci de l’enrichir de vos pertinents commentaires.
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Depuis quelques temps, on assiste à l’émergence, dans nos villages et tribus, d’associations, coopératives, mutuelles et fédérations à vocation de développement. Ces initiatives heureuses qui marquent une réelle prise de conscience des enjeux du développement par les populations sont à encourager, d’autant qu’elles marquent une rupture avec un passé récent où la célébration de l’individu primait sur celle de la communauté, de même que les loisirs primaient sur les véritables questions de développement.
La Fédération des associations de la tribu Frèbo, de création récente, celle de la tribu Djosso et autres associations de jeunesses, de femmes et des coopératives du milieu rural témoignent de ce que le souci du progrès économique, social, culturel et environnemental etc. s’est sérieusement incrusté au cœur des préoccupations de nos populations.
Cependant, pour la viabilité et la pérennisation de ces initiatives, nous voulons, à travers cette modeste contribution, apporter quelques suggestions, dans un essai de style expressif le plus simple possible, porté par le souci de nous faire comprendre avec précision et concision sans pour autant noyer le sujet. A l’origine, mutuelle, coopératives et fédérations sont des associations ou des regroupements d’associations. Mais qu’est-ce qu’une association ?
I – L’ASSOCIATION : DEFINITION
Une association est un groupement de personnes volontaires réunies autour d’un projet commun ou partageant des activités, mais sans chercher à réaliser de bénéfices. Elle peut avoir des buts très divers (sportif, défense des intérêts des membres, humanitaire, promotion d’idées ou d’œuvres, …).
Pour créer une association, il suffit qu’au moins deux personnes se mettent d’accord sur son objet. Ils en rédigent les statuts, qui précisent l’objet, les organes dirigeants et la personne habilitée à représenter l’association, et indiquent le siège social ou son adresse. Il existe deux principaux types d’associations :
L’association « simple », non déclarée en préfecture, a une existence juridique, mais ne peut posséder de patrimoine ni agir en justice ;
L’association déclarée en préfecture a la personnalité juridique. Elle peut donc posséder un patrimoine et agir en justice.
Au nombre des associations on note la coopérative et la mutuelle.
La coopérative est une personne morale regroupant des personnes ou des sociétés qui ont des besoins économiques, sociaux ou culturels communs. En vue de les satisfaire, elles s'associent pour exploiter une entreprise conformément aux règles d'action coopérative.
La notion de mutuelle est généralement perçue sous l’angle de la santé et de l’idée de réciprocité car elle propose pour l’essentiel aux assurés sociaux des garanties et des prestations complémentaires à l’assurance maladie.
Dans le cadre de notre présente contribution, il s’agit de mutuelle de développement en milieu rural, étant entendu que son objet peut éventuellement intégrer l’aspect santé.
En Côte d’Ivoire, la création des associations est régie par la loi 60-315 du 21 septembre 1960 portant régime des associations.
Si les motivations de création d’une association sont généralement nobles, la pérennité de celle-ci dépend fortement de sa gouvernance.
II – LA GOUVERNANCE
La gouvernance concerne l’organe dirigeant (Conseil d’Administration, Bureau Exécutif). Il faut, à la tête de nos associations et mutuelles, des personnes ayant une vision, c’est-à-dire ayant un projet pour le village, ce qu’ils comptent, au cours de leur mandat, réaliser et laisser durablement à la communauté. Ceci suppose que le responsable de l’association ou de la mutuelle ne soit pas un velléitaire, c’est-à-dire quelqu’un qui se fait élire ou nommer juste pour porter un titre honorifique comme un manteau, tout en étant incapable de prendre une décision ou d’avoir ni vision, ni initiative.
Cette fonction induit donc une dimension intellectuelle ou, au moins d’instruction, car il s’agit d’élaborer ou faire élaborer et d’exécuter une opération ponctuelle, un projet ou un programme d’activités sur le court, moyen ou long terme.  C’est pourquoi, chaque candidature à la présidence doit être assortie d’un programme proposé aux électeurs, accompagné d’un plan d’action.
Le leadership du président doit être marqué par les valeurs d’humilitéet de sens des relations publiques. Il est au service des populations et non le contraire. Sa proximité, son ouverture et sa capacité d’orientation et d’adaptation doivent s’exprimer vis-à-vis d’elles.
L’intégrité doit être une de ses valeurs cardinales. De nombreuses associations, coopératives ou mutuelles ont disparu suite aux forfaitures et détournements de fonds commis par leurs leaders.
Le bureau exécutif, pour plus de représentativité doit comporter des personnes des deux sexes et de tous âges, issus aussi bien des villes que des villages.
Organe de contrôle, le Commissariat aux Comptes doit être réellement indépendant pour être à la fois efficace et crédible pour mener à bien son rôle d’inspection sur le travail général de l’association à travers son plan d’action.
III – LE PLAN D’ACTION
Une association sans plan d’action navigue à vue. Le plan d’action est un outil indispensable arrêté chaque année pour quiconque souhaite mener des actions d’envergure et sur une certaine durée. Le plan d’action met à notre disposition une démarche précise à suivre,  avec des étapes concrètes pour éviter les actions hasardeuses ainsi que la dispersion des efforts et des moyens.
Le plan d’action découle de l’opération, du projet ou du programme que l’association, la coopérative  ou la mutuelle ambitionne de mettre en œuvre. L’opération, le projet ou le programme est ce qu’on a l’intention de mener comme action en estimant les moyens nécessaires à leur réalisation. On ne peut, aujourd’hui, imaginer une association ou une mutuelle sérieuse fonctionner sans plan d’action, véritable boussole pour maximiser les chances de succès de ses actions.
Si les opérations sontgénéralement de courte durée (exemple de l’opération de collecte de table-bancs en cours par la fédération de la tribu djosso), le projet (économique, agricole, culturel etc) est de durée plus ou moins longue. Le programme est, quant à lui, en général de longue durée, car il peut comporter plusieurs projets.
Le suivi et l’évaluation de ces activités à terme sont d’une grande importance car elles permettent de mesurer l’ampleur de la tâche, les résultats obtenus en rapport avec les prévisions pour envisager les corrections et anticiper les erreurs à l’avenir, d’où l’importance de la formation.
IV - LA FORMATION
La formation occupe une place importante dans la vie des organisations du monde rural. Elle vise à renforcer les capacités des différents membres de ces organisations aussi bien sur des questions d’ordre général que sur des domaines de spécialités, selon l’objet de l’association.Elle contribue à une efficacité optimale et à la motivation des membres.
La formation peut porter, entre autres thèmes, sur :
ü  Comment conduire une réunion ;
ü  Comment faire un plaidoyer auprès des partenaires ;
ü  Techniques d’élaboration de projets ;
ü  Comment rédiger, un procès-verbal (PV), un compte rendu ou un rapport etc.
La formation peut aussi porter sur des thèmes spécifiques tels que les produits agricoles, la gestion de l’eau, les COGES, les femmes, les jeunes, les micro-projets etc. Elle peut tout aussi ouvrir la réflexion sur les questions de gouvernance en milieu rural (la chefferie villageoise) et du foncier rural (la vente des terres).
Il appartient à l’association de rechercher dans son environnement proche ou lointain les personnes ou structures susceptibles de dispenser cette formation gratuitement ou à coût négocié.
Il est bon de savoir que les PV, rapports, bilans d’activités sont de sérieux indicateurs de la vitalité et de la crédibilité de l’association auprès de nombreux partenaires.
V – LE PARTENARIAT
Les associations, coopératives ou mutuelles peuvent entretenir des partenariats avec des structures susceptibles de renforcer leurs capacités ou leur ouvrir de nouveaux horizons. En plus de l’Etat et des collectivités territoriales, ces organisations peuvent bénéficier d’appuis d’ONG nationales et internationales ainsi que des ambassades implantées en Côte d’Ivoire pour peu qu’elles se donnent la peine d’en chercher. L’association humanitaire française ‘’Care International’’, de ce point de vue, mène un travail remarquable auprès des populations de certains villages du département.
La mairie (pour les organisations qui font partie du périmètre communal) et le Conseil Régional (pour celles qui sont en dehors) peuvent être sollicitées pour appuyer les actions des associations dans le cadre des programmes triennaux. Il est extrêmement important que ces associations prennent régulièrement part aux différentes sessions organisées par la Mairie ou par le Conseil Régional afin de se donner de la visibilité, donner de la voix si nécessaire et présenter des projets fiables en rapport avec les compétences de la mairie ou du conseil, afin d’être éventuellement prises en compte dans le programme triennal.
Les associations peuvent solliciter les collectivités territoriales sur les attributions ci-après qui leur sont dévolues :
1. L'aménagement du territoire ;
2. La planification du développement ;
3. L'urbanisme et l'habitat ;
4. Les voies de communication et les réseaux divers ;
5. Le transport ;
6. La santé, l'hygiène publique et la qualité ;
7. La protection de l'environnement et la gestion des ressources naturelles ;
8. La sécurité et la protection civile :
9. L'enseignement, la recherche scientifique et la formation professionnelle et technique ;
10. L'action sociale, culturelle et de promotion humaine :
11. Le sport et les loisirs :
12. La promotion de l'économie et de l'emploi :
13. La promotion du tourisme :
14. La communication :
15. L'hydraulique, l'assainissement et l'électrification :
16. La promotion de la famille, de la jeunesse, de la femme, de l'enfant, des handicapés et des personnes du 3e âge.
Il ne suffira pas de présenter une correspondance de sollicitation d’aide. Le suivi régulier, à la limite d’une certaine ‘’pression’’ exercée sur une Mairie ou un Conseil Régional aura le mérite de focaliser l’attention des responsables de ces collectivités sur le caractère important et urgent du dossier.
En guise de conclusion, nous saluons la naissance ici et là des associations de développement dans nos villages. Cependant ces associations ne devraient nullement servir de tribune à la promotion d’un individu ou d’un groupe d’individus au point d’être elles-mêmes réduites à une certaine forme d’impotence.
Le choix des hommes et femmes à la tête de ces associations devrait obéir à des critères objectifs tels que la vision, le programme et les plan d’action du candidat, ses valeurs humaines, ses connaissances du milieu associatif, celle des partenaires divers et sa capacité à mener un plaidoyer efficient et efficace.
Ces associations, en particulier les mutuelles de développement, peuvent aussi servir de contre-pouvoir à une certaine chefferie au pouvoir et à durée indéterminée, à des étrangers arrogants et incontrôlés et aider à l’encadrement d’une jeunesse livrée à elle-même.

 LAGO GUILLAUME

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